La mairie peut-elle refuser l’ouverture d’un commerce, d’un restaurant ou d’un bar ? Ce que dit réellement la loi

C’est une question qui revient très souvent chez les porteurs de projets commerciaux. Un local est identifié, un bail est envisagé, parfois même signé, et une inquiétude surgit : la mairie peut-elle refuser l’ouverture du commerce parce que l’activité ne correspond pas à ce qu’elle souhaite pour la commune ou le quartier ?

Entre idées reçues, rumeurs de terrain et discours parfois approximatifs, il est essentiel de distinguer ce que la mairie peut réellement faire… et ce qu’elle ne peut pas faire.

Un principe fondamental : la liberté du commerce

En droit français, la liberté du commerce et de l’industrie constitue un principe fondamental. Cela signifie que, par principe, toute personne est libre d’exercer une activité commerciale licite, dès lors qu’elle respecte les règles en vigueur.

La mairie ne dispose donc pas d’un pouvoir général lui permettant de choisir les commerces autorisés ou non sur son territoire en fonction de préférences politiques, esthétiques ou économiques. Elle ne peut pas, par exemple, refuser l’ouverture d’un restaurant simplement parce qu’elle estime qu’il y en a déjà trop, ou parce qu’elle préférerait un autre type d’activité.

Cette liberté n’est toutefois pas absolue. Elle s’exerce dans un cadre réglementaire précis, et c’est à ce niveau que la commune intervient.

Ce que la mairie contrôle réellement

La mairie n’intervient pas sur le commerce en tant que tel, mais sur l’environnement juridique dans lequel il s’inscrit. Son rôle consiste à veiller au respect des règles d’urbanisme, de sécurité, de salubrité et de tranquillité publique.

Concrètement, la commune vérifie que le local peut accueillir l’activité envisagée au regard de sa destination, que les travaux éventuels sont conformes aux règles d’urbanisme, et que l’établissement respecte les normes applicables aux établissements recevant du public.

La mairie n’apprécie donc pas l’opportunité commerciale du projet, mais sa conformité réglementaire.

L’importance déterminante de la destination du local

L’un des premiers points de blocage possibles concerne la destination du local au regard du plan local d’urbanisme. Certains locaux ne sont pas autorisés à accueillir certaines activités, notamment en rez-de-chaussée dans des zones protégées ou à vocation spécifique.

Si l’activité envisagée n’est pas conforme à la destination autorisée, la mairie peut s’opposer au projet, non pas en raison du commerce lui-même, mais parce que l’usage des locaux n’est pas conforme aux règles d’urbanisme.

C’est un point fondamental, trop souvent négligé lors de la recherche d’un local commercial.

Les règles spécifiques applicables aux restaurants et aux bars

Les restaurants et, plus encore, les bars et débits de boissons sont soumis à des règles particulières.

S’agissant des débits de boissons, la réglementation encadre strictement les licences. Dans certaines communes ou zones, aucune nouvelle licence ne peut être créée, ce qui peut rendre l’ouverture d’un bar juridiquement impossible sans transfert de licence existante.

Par ailleurs, la mairie dispose de pouvoirs spécifiques en matière de police administrative. Elle peut intervenir pour prévenir les troubles à l’ordre public, notamment en matière de bruit, d’horaires d’ouverture ou de nuisances sonores. Ces pouvoirs peuvent conduire à des restrictions, voire à des refus d’autorisation, mais uniquement sur des fondements objectifs et légalement justifiés.

Ce que la mairie ne peut pas faire

Il est important de dissiper certaines idées reçues. La mairie ne peut pas refuser l’ouverture d’un commerce parce qu’elle n’aime pas le concept, parce qu’elle souhaite favoriser un autre type d’activité, ou parce qu’elle estime que l’offre commerciale est déjà suffisante.

Elle ne peut pas non plus imposer un commerce spécifique à la place d’un autre, ni conditionner l’ouverture à des considérations purement politiques ou subjectives.

Tout refus doit être motivé par un fondement juridique précis, et peut, le cas échéant, être contesté.

Un enjeu majeur pour les porteurs de projet

Dans la pratique, les difficultés naissent souvent d’une confusion entre pouvoir politique et pouvoir juridique. Une réticence exprimée par une mairie ne constitue pas nécessairement un refus légalement opposable.

Pour les porteurs de projet, l’enjeu est donc d’anticiper ces questions très en amont. Vérifier la destination du local, identifier les autorisations nécessaires et comprendre le cadre réglementaire permet d’éviter des blocages tardifs, parfois coûteux.

C’est aussi la raison pour laquelle l’accompagnement en amont, avant la signature d’un bail commercial, est déterminant.

Conclusion

La mairie n’a pas le pouvoir de choisir les commerces qui ouvrent sur son territoire selon ses préférences. En revanche, elle est garante du respect d’un cadre réglementaire strict, qui peut, dans certains cas, faire obstacle à un projet.

Comprendre cette distinction est essentiel pour sécuriser une implantation commerciale. Ce n’est pas la nature du commerce qui est en cause, mais sa conformité aux règles d’urbanisme, de sécurité et d’ordre public. En matière d’immobilier commercial, l’anticipation reste le meilleur levier pour transformer un projet en ouverture effective, sans mauvaise surprise.

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