Mensualisation des loyers commerciaux : une réforme attendue par les commerçants

Le paiement des loyers commerciaux est un sujet sensible pour les entreprises. L’usage actuel, qui consiste majoritairement en un paiement trimestriel et en avance, pèse lourdement sur la trésorerie des commerçants et des restaurateurs. Une réforme est en cours d’examen au Parlement afin d’assouplir ces modalités et de permettre une mensualisation des loyers, ainsi qu’une réduction du dépôt de garantie à trois mois. Quels sont les enjeux de cette réforme ? Qui en bénéficiera ? Quels impacts pour les commerçants et les bailleurs ? Décryptage.

1. Contexte et origine de la réforme

Depuis plusieurs années, les commerçants réclament des ajustements dans la gestion des loyers commerciaux. La crise économique et les difficultés rencontrées par de nombreux entrepreneurs ont mis en lumière les contraintes du système actuel :

  • Le paiement trimestriel en avance crée une pression financière importante sur les petites structures.

  • Le dépôt de garantie peut atteindre jusqu’à 12 mois de loyers, ce qui immobilise des fonds considérables. Si le dépôt de garantie excède les 6 mois, le propriétaire doit verser au locataire des intérêts. Ces derniers sont calculés au taux pratiqué par la Banque de France pour les avances sur titre.

  • L’indice des loyers commerciaux (ILC) a connu une forte hausse (+12 % en deux ans), rendant les loyers encore plus difficiles à supporter.

En mai 2024, un accord entre certaines fédérations de commerçants et des organisations de bailleurs a ouvert la voie à une évolution de ces règles. Toutefois, la dissolution de l’Assemblée nationale a retardé l’examen du projet de loi, qui devrait finalement être discuté au Parlement au printemps 2025.

2. Les mesures phares de la réforme

La mensualisation des loyers commerciaux

Actuellement, un locataire commercial doit payer son loyer par trimestre et en avance, ce qui représente un coût immédiat important. Avec la réforme :

  • Les commerçants pourront opter pour un paiement mensuel, à condition d’être à jour du paiement de leur loyer.

  • La mensualisation offrira une meilleure gestion de la trésorerie et une flexibilité accrue pour les entreprises.

Les bailleurs, de leur côté, conserveront la possibilité de facturer trimestriellement pour simplifier la gestion administrative, mais les locataires bénéficieront d’une facilité de paiement.

Plafonnement du dépôt de garantie à 3 mois

L’autre avancée majeure concerne le dépôt de garantie, souvent perçu comme un frein pour les nouveaux entrepreneurs. Aujourd’hui, il peut varier de 3 à 12 mois de loyers, selon les conditions du bail. Avec cette réforme :

  • Le plafonnement à 3 mois deviendra la norme, y compris pour les baux en cours.

  • Un délai de restitution sera imposé au bailleur pour éviter les retards injustifiés.

  • En cas de vente du local, l’obligation de restitution du dépôt sera transférée au nouveau propriétaire, garantissant ainsi la continuité des engagements.

Un meilleur équilibre entre bailleurs et locataires

Le compromis trouvé entre commerçants et bailleurs ne vise pas uniquement à protéger les locataires. Pour bénéficier de la mensualisation, les entreprises devront :

  • Être à jour dans leurs paiements.

  • Ne pas faire l’objet de retards répétés.

  • En cas de contentieux, reprendre le paiement des loyers avant toute demande d’étalement judiciaire.

Cela évite le risque de défaillances en cascade et sécurise les propriétaires, qui ont exprimé des craintes sur la rentabilité de leurs investissements immobiliers.

3. Quels bénéfices pour les commerçants et entrepreneurs ?

La réforme vise avant tout à rééquilibrer les relations entre locataires et bailleurs et à offrir plus de flexibilité financière aux commerçants. Concrètement, voici les principaux avantages :

  • Amélioration de la trésorerie : au lieu d’un paiement massif tous les trois mois, les locataires pourront lisser leurs dépenses.

  • Moins d’obstacles à l’installation : avec un dépôt de garantie réduit, ouvrir un commerce nécessitera un investissement initial moins lourd.

  • Facilité de gestion : la mensualisation simplifie la planification des flux financiers pour les entreprises.

Pour les petites structures et les indépendants, ces mesures pourraient représenter un véritable levier de survie et de croissance.

4. Quelles conséquences pour les bailleurs et investisseurs ?

Du côté des propriétaires, l’impact de la réforme dépendra de la gestion individuelle de chaque bien :

  • Risque d’augmentation des impayés : certains bailleurs craignent que la mensualisation rende les retards plus fréquents.

  • Moins de garanties financières : un dépôt de garantie réduit signifie une sécurité moindre en cas de défaillance du locataire.

  • Réduction des tensions avec les commerçants : en proposant des conditions plus souples, les propriétaires pourraient attirer plus facilement des candidats sérieux.

Certains acteurs immobiliers demandent des contreparties, comme un renforcement des garanties en cas d’impayés ou un cadre plus strict sur les conditions d’accès à la mensualisation.

5. Quelles perspectives pour cette réforme ?

L’examen du texte par l’Assemblée nationale est prévu pour avril ou mai 2025, avec une adoption espérée avant l’été. Si elle est votée, cette réforme marquera un tournant majeur dans le fonctionnement des baux commerciaux en France.

💡 Une avancée, mais pas une solution miracle

Même si cette loi constitue un progrès pour les commerçants, elle ne règle pas tous les problèmes. La hausse de l’indice des loyers commerciaux (ILC) reste un point de tension, et de nombreux professionnels réclament un plafonnement de l’ILC pour éviter des hausses excessives.

6. Conclusion : un nouvel équilibre à trouver

La mensualisation des loyers et la réduction du dépôt de garantie sont des avancées significatives qui pourraient soulager des milliers de commerçants. Toutefois, cette réforme devra trouver un équilibre entre la protection des locataires et les intérêts des bailleurs.

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